Dire non à la violence russe (extrait)
par Olga Medvedkova
Chapitre 10. Du jugement, avec Stanley Kramer.
Je parle avec une femme russe, une connaissance, la quarantaine : elle a l’air jeune et jolie, grande, mince, blonde aux yeux bleus. Elle est habile de ses mains, bonne à ce qu’elle fait, discrète, respectueuse. Bref, une fille charmante. Elle vit à Paris depuis une dizaine d’années. On ne s’est pas vues depuis plusieurs mois. Elle vient de rentrer de Pétersbourg. J’appréhende… Mais tout se passe bien, en tout cas au début, on bavarde de trucs et de machins. Puis, une parole après l’autre, je me sens face à l’abîme. Les mots se fanent, s’étouffent. Je ne peux rien lui dire, lui prouver. C’est ma parole contre la sienne. Je dis : propagande. Elle dit : propagande. Je dis : mensonge. Elle dit : mensonge. Je pense que j’ai raison. Elle pense qu’elle a raison.
Elle : C’est en Russie maintenant qu’il faut vivre, je pense d’ailleurs y retourner. C’est là-bas, la vraie liberté. On peut gagner de l’argent, on peut créer. Le départ des marques occidentales nous a fait beaucoup de bien… Le design russe se développe, il y a de tout partout, et à manger et à boire. Au marché, il y a du fromage russe, très bon, il y a du vin français, très bon.
Moi : Et la guerre ?
Elle : Ça ne se ressent pas du tout. La ville est belle comme jamais, tout est en fleur, tout est propre, pas comme à Paris. Les gens sont souriants, ils sont gentils : aux restaurants, dans les musées. Je suis allée voir une exposition ; je suis allée à un concert de musique classique, magnifique ! Nos meilleurs musiciens qui ne peuvent bien sûr plus venir jouer à Paris. Grand merci aux Ukrainiens, sans commentaires !
Moi : Et la guerre ?!
Elle ne répond pas, mais je lis dans son regard : tout ceci, on le sait, c’est de la russophobie… Elle avoue quand même : les hôpitaux sont pleins, les médecins ne dorment plus, ils craquent… Mais sinon tout va bien, vraiment.
Je sais qu’ils sont nombreux à répéter ces mêmes phrases, à voir les choses de cette manière.
Je reçois une lettre d’une amie, historienne, traductrice, dont je ne peux pas dire le nom – cela la mettrait en danger. Elle m’écrit :
« … Depuis une vingtaine d’années, une catastrophe morale s’est produite en Russie : on a systématiquement dit aux gens qu’il n’y avait tout simplement pas de vérité. »…
Relié 164 p., octobre 2024
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